Rédigé par W. Peter Gadsby
Première
publication: Creation Ex Nihilo 3(2) :
18-19 mai 1980
Jacques se rendit célèbre pour ce quil apporta
non seulement à son domaine de la biologie moléculaire,
mais aussi à la philosophie. Il était ami intime du
philosophe français, Albert Camus. Le livre de Monod, 'Le
hasard et la nécessité », publié
en 1970, se termine par ces mots :
. . . lhomme finalement se rend compte quil est
seul dans limmensité impitoyable de lunivers,
duquel il a émergé purement par hasard. Ni son
destin, ni son devoir nont été consignés
par écrit. Cest à lui de choisir : soit
le royaume des cieux, soit les ténèbres ici-bas.
En coopération avec François Jacob, Monod contribua
beaucoup à expliquer comment les gènes règlent
le métabolisme cellulaire en dirigeant la biosynthèse
des enzymes. Il partagea avec Jacob et Andrew Lwoff le prix Nobel
pour la médecine et la physiologie en 1965.
Jacques Monod mourut en 1976 au milieu de lannée,
à lâge de 66 ans. Le 10 juin 1976, lAustralian
Broadcasting Commission Science Unit (le département de science
de la commission de diffusion australienne) diffusa une émission
en son hommage intitulée 'le secret de la vie'. Le programme
conclut par une interview entre Monod et Laurie John dans laquelle
, selon lanimateur dABC Robyn Williams [lui-même
athée et anti-créationiste fanatique Ed.],
Monod révéla sa conviction 'que la vie et lévolution
sont dépourvus dun but ultime'. Ceux qui désirent
concilier une croyance en lévolution avec la foi en
Dieu devraient réfléchir à ses paroles :
Monod
: si nous croyons à un Créateur si nous éprouvons
un besoin pour cette croyance cest fondamentalement
pour des raisons morales, afin de voir un but pour nos propres vies.
Pourquoi Dieu aurait-il été obligé de choisir
ce mécanisme extrêmement complexe et difficile quand,
je dirais par définition, il était libre de choisir
dautres mécanismes et pourquoi aurait-il été
forcé de commencer avec de simples molécules ? Pourquoi
ne pas créer lhomme demblée, comme bien
sûr le croyaient les religions classiques ?
John :
Mais alors pourquoi, daprès vous, la théologie
devrait être automatiquement aussi simple que possible, alors
que vous admettez que la science devient de plus en plus compliquée
? Peut-être, ne savons-nous pas pourquoi Dieu na pas
simplement dit : 'voici lhomme'. Mais il peut y avoir des
raisons.
Monod :
Je ne vois tout simplement pas de raisons et aucun théologien
ne ma encore pas donné une bonne réponse à
cette question. Et puis encore nous abordons ce qui est vraiment
une attitude éthique. Se réfugier dans le mystère
qui est inapprochable est, du point de vue de la science contraire
à la morale. Notre devoir en tant que scientifique est de
considérer quil nexiste aucun mystère
qui ne soit par définition impénétrable à
lanalyse. Les savants connaissent bien le problème
général que pose lanalyse de linvisible.
Cest ce quon appelle 'la boîte noire'. Et dailleurs,
cest comme cela que les physiciens ont travaillé sur
les atomes, car ils nont jamais vu datome personne
na jamais vu un atome. Et pareillement, il y avait des entités
appelés 'gènes' que personne ne pouvait voir, personne
ne connaissait leur constitution et pourtant nous pouvions déduire
un grand nombre de propriétés de ces entités
à partir dexpériences. Alors, si lon voulait
essayer de construire ce que jappelerais, scientifiquement,
une image significative de Dieu, on devrait supposer un certain
nombre de propriétés finies, précises ; on
serait daccord, bien entendu, sur le fait que ces propriétés
ne pourraient jamais être vérifíées directement
mais que, au moins certaines des conséquences de ces propriétés
seraient prévisibles. À mon avis, le concept moderne
(ou modernisé) de Dieu ne possède aucune de ces propriétés.
On nassigne au concept de Dieu aucune définition assez
claire ou précise pour quil soit ouvert à lexpérience,
à lobservation qui représente, bien sûr,
une transformation fondamentale dans lesprit des personnes
religieuses. Ceci nest pas le concept classique de Dieu.
John
: Jaimerais revenir à la question de la création.
Si je comprends votre point de vue et comme on me la présenté,
les chrétiens ont traditionnellement affirmé que 'Dieu
créa le monde au commencement ; à un certain stade
Dieu créa la vie ; il participa à de nombreux moments
de la création'. Puis la science entre en scène et
dit : Non, nous somme à même de vous donner une version
déterministe de la façon dont lunivers fut créé
et de celle dont la vie apparut, entièrement à laide
de lois scientifiques ; nous navons aucunement besoin de lhypothèse
dun créateur théiste'.
Est-ce que jai raison de penser que
vous avez poussé cette pensée plus loin et que vous
dites : 'Non, en réalité ce nest pas un système
déterministe ; il est encore plus difficile dimaginer
Dieu à cause des éléments aléatoires
qui se produisent à des moments différents de cette
histoire et qui constituent vraiment le fil qui en assure la cohésion
? Dieu naurait pas pu décider au départ dutiliser
ce mécanisme pour créer lhomme car il naurait
pas pu prédire au commencement que lhomme serait apparu
grâce à ce dernier (les italiques sont ajoutés).
Monod
: Vous avez tout à fait raison. Lavènement de
lhomme fut complètement imprévisible jusquau
moment où il se produisit actuellement.
John
: Alors, autrement dit, il faudrait que nous ayons une version plus
sophistiquée de la création. Est-ce que cela vous
ennuierait si je pouvais emprunter une phrase de votre livre et
voir comment vous la considerez en tant que tentative de trouver
une version plus sophistiquée du Créateur ? Vous signalez
deux facteurs dans lapparition de formes de vie de plus en
plus évoluées : le premier est le hasard et les mutations
; le second, la sélection naturelle. Ce que vous dites, cest
que cet effet de hasard est la substance dont se nourrit la sélection
naturelle. Et vous dites que ce nest pas grâce au hasard,
mais plutôt à ces conditions à savoir,
de lobjet de la sélection que lévolution
doit son déroulement généralement progressif
et son développement régulier que ceci semble suggérer.
Autrement dit, on pourrait concevoir que Dieu employa le hasard,
tant que le schéma était présent pour quil
limpose sur les résultats des mutations aléatoires.
Monod
: Si vous voulez supposer cela, alors je ny suis pas opposé,
si ce nest que cela présente un conflit (non pas scientifique,
mais moral). Cest-à-dire que la sélection est
le moyen le plus aveugle et le plus cruel de développer des
espèces nouvelles et des organismes de plus en plus complexes
et perfectionnés
John
: Cruel ?
Monod
: Je dis : Plus cruel car cest un processus délimination,
de destruction. La lutte pour la vie et lélimination
du plus faible est un processus horrible, contre lequel toute notre
éthique moderne se révolte. Une société
idéale est une société non sélective,
dans laquelle le faible est protégé, ce qui exactement
linverse de la prétendue loi de la nature. Cela
métonne quun chrétien défendrait
lidée que ceci est le processus que Dieu établit
plus ou moins dans le dessein daboutir à lévolution
(les italiques sont ajoutés).
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